C’est terminé, j’ai effectué le trajet d’un trait de la frontière du Mexique jusqu’à Manning Park au Canada, sans jamais quitter la ligne directrice de Far out, j’ai simplement dû me conformer aux directives visant à éviter les incendies et les ponts cassés et j’ai pris les sentiers alternatifs quand ils en proposaient. On peut dire que je suis un véritable « thru hiker ». Je suis parti comme un enfant, émerveillé par les reportages sur u-tube, le livre et le film sur le Pacific Crest Trail, pas un instant je ne me suis arrêté sur le mot « crest » et pourtant c’était le plus important, les crêtes ce ne sont que montées et descentes. Les villages ne sont pas la haut et toute la logistique se trouve en contrebas souvent dans les vallées ces liaisons ne sont pas comptées dans les 4200 kilomètres du PCT. J’ai eu chaud, j’ai eu froid, j’ai eu faim, j’ai eu soif j’ai eu peur, j’ai eu mal un peu partout. J’ai compris très vite qu’il fallait apprivoiser tous ces maux et les accepter. Le sentier est impitoyable c’est lui et lui seul qui t’inflige de monter de descendre de monter encore de marcher sous un soleil brûlant ou sous la pluie ou dans la neige et le froid ou dans des torrents impétueux, au bord de falaises vertigineuses dans des éboulis et des rochers des forêts sombres des déserts et des cols de montagne à 4000 mètres d’altitude. Il ne faut pas se révolter, il faut se soumettre à toutes ses exigences et patiemment le suivre un pas puis un autre et un autre encore et il t’amène à sa façon de la frontière du Mexique jusqu’au Canada en suivant toutes les chaînes montagneuses qui bordent l’océan pacifique. Tu vois des paysages sauvages magnifiques ou la nature est intacte. Le hiker le vrai c’est zéro déchet sur le sentier « no trace ». tu enterres tes excréments et tu ramènes tes déchets pour les déposer dans la poubelle quand tu en trouves une lors des sorties du sentier pour ravitaillement. Les plantes et les animaux sont les maîtres des lieux, les serpents à sonnettes, les pumas, les ours, sont protégés on a même du faire un grand détour pour protéger des grenouilles jaunes. Tu fais des belles rencontres et tu fraternises avec les autres hikers, tu partages les émotions et les difficultés, tu bois l’eau des ruisseaux des rivières des lacs des sources et même des étangs. Et des fois après des heures et des heures de marche tu rencontres un trail magic une simple glacière avec quelques sodas glacés ou bien une table avec de la nourriture et des boissons à profusion qui te sont offertes gracieusement par des personnes souriantes, quel bonheur ! Tu repars régénéré plein d’une ardeur nouvelle pour avaler encore quelques miles. Les jambes sont lourdes le souffle court les bretelles du sac à dos te scient l’épaule droite puis la gauche tes pieds sont en fusion ton dos hurle qu’il n’en peut plus de son fardeau mais il faut avancer la nuit va tomber et on a besoin d’un endroit pour poser sa tente et de l’eau pour préparer un repas et se coucher, ivre de fatigue, pour recommencer demain. Tous les hikers utilisent l’application Far out sur leur téléphone et ont l’angoisse d’être en panne de batterie aussi à chaque occasion on voit des grappes de téléphones et chargeurs se constituer comme une toile d’araignée autour des prises électriques. On ne sort pas indemne du sentier on y apprend l’humilité l’ouverture vers les autres à connaître ses limites à apprivoiser la souffrance et les privations à accepter de subir tout ce qu’il nous offre et on en revient grandi et plus fort encore. Non je ne suis pas exceptionnel beaucoup d’autres l’on fait bien que Je n’ai pas rencontré de hikers plus âgé que moi, je suis simplement content d’avoir terminé ce périple et d’être rentré dans les dix pour cent de ceux qui parviennent à boucler le parcours. Je suis sans aucune prétention à l’exploit j’ai seulement réalisé ce que j’avais envie de faire mais avec une volonté farouche d’y parvenir. Pour ce faire, j’ai abandonné perdu déchiré ou usé 4 paires de chaussures deux pantalons un short une veste imperméable une doudoune deux t-shirts 5 paires de chaussettes une paire de bâtons de marche deux câbles de recharge de téléphone, un chargeur avec prise électrique une casquette et une bonne douzaine de kilos.
J’adresse un très grand merci à Christin Thomas Karen Greg Erin et d’autres dont j’ai oublié les noms et à tous les trail angels en général qui œuvrent et se dévouent pour aider les hikers du PCT merci de nous accueillir dans votre maison merci de nous transporter au départ des sentiers merci de nous donner un peu de confort.
Je tiens également à remercier tous mes followers j’ai essayé de vous faire vivre mon aventure à travers mes petits reportages journaliers et quelques photos, j’espère que vous avez eu autant de plaisir à les lire que moi à les écrire sur mon petit téléphone le soir sous la tente. Vous m’avez beaucoup aidé car je ne voulais pas vous décevoir et je me devais d’être à la hauteur de l’événement. Vous avez été environ 3300 à consulter mon petit blog et ça me fait chaud au cœur MERCI.
Je demande pardon à ma famille et mes amis proches qui supportent mes excentricités et qui se font beaucoup de soucis quand ils restent parfois sans aucune nouvelles pendant plusieurs jours.
Je vais maintenant refermer l’épisode PCT avec délicatesse et le ranger précieusement dans mes souvenirs.
Joël
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